Les Feuilles mortes ou la mélancolie en musique
Les Feuilles mortes : de Verlaine à Prévert, la mélancolie en musique

J’ai choisi pour illustrer cet automne 2025 la chanson “Les Feuilles mortes” : le poème de Jacques Prévert et la mélodie de Joseph Kosma font écho à la nostalgie du temps qui passe, au souvenir des amours révolues, à la beauté fragile de la vie.
Curieuse, j’ai voulu explorer l’histoire de cette chanson.
Avant Prévert, avant Kosma, avant Montand, il y a Verlaine. Dans ses Poèmes saturniens (1866), “Chanson d’automne”
évoque l’effritement du temps, la langueur, la mémoire blessée :
"Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone."
Chez Verlaine, l’automne devient le miroir de la vieillesse et du souvenir. Le poète s’y projette, emporté “au vent mauvais”, “pareil à la feuille morte”.
Cette métaphore de la feuille emportée inspire Prévert. L’histoire des Feuilles mortes commence en 1945, non pas comme une chanson, mais comme un ballet. Le jeune chorégraphe Roland Petit, 21 ans, monte "Le Rendez-vous", sur un argument de Jacques Prévert et une musique de Joseph Kosma.
Autour d’eux, des figures mythiques : Pablo Picasso réalise le rideau de scène, Brassaï les décors, Mayo les costumes : un véritable concentré de génies artistiques !
Un an plus tard, Marcel Carné transforme ce ballet en film : "Les Portes de la nuit"
(1946). C’est pour ce film que Kosma et Prévert écrivent “Les Feuilles mortes”, une chanson interprétée à l’écran par Yves Montand, aux côtés de Jean Vilar.
"Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Tu vois, je n’ai pas oublié..."
Ainsi naît une chanson qui deviendra un symbole de la nostalgie amoureuse.
C’est le disque d’Yves Montand, enregistré en 1949, qui fera de la chanson un tube planétaire. Dès la fin des années 1940, la mélodie traverse l’Atlantique. Le parolier américain Johnny Mercer l'adapte en anglais : ce sera Autumn Leaves. La mélodie, empreinte de douceur et de mélancolie, séduit immédiatement les musiciens de jazz, dont Nat King Cole, Frank Sinatra, Miles Davis, Chet Baker, Bill Evans ..
Parmi les innombrables interprétations, voici, dans le désordre, ma playlist coup de cœur :
Yves Montand
et sa voix de velours.
D'abord dans la scène des "Portes de la nuit", où la mélodie colle au regard extraordinaire de Jean Vilar, qui joue le rôle du Destin :
https://www.youtube.com/watch?v=L1XJWNewsbA
et enfin dans son interprétation complète, à Chaillot en 1963 :
https://www.youtube.com/watch?v=O1aVWu2rBhE
Dalida, dans sa version disco des années 1970, lui insuffle une énergie inattendue : la douleur devient pailletée, la tristesse électrisée :
https://www.youtube.com/watch?v=vrWRzkV4u-w
Faïrouz, la grande chanteuse libanaise, en livre une version jazzy en arabe (Bil Kharif), empreinte de douceur orientale :
https://www.youtube.com/watch?v=1-0MXZJl_ZE
L’interprétation géniale del rey Tito Puente, en 1959, transforme Autumn Leaves
en une pluie tropicale, pleine de rythme et d'éclats. La nostalgie se fait ici dansante, joyeuse, presque libératrice.
https://www.youtube.com/watch?v=-WvoOnU4QKY
En 1961, Serge Gainsbourg
rend hommage au thème dans "La Chanson de Prévert".
Soixante ans plus tard, Michel Gondry contribue à ce thème inspirant et en signe la version animée :
https://www.youtube.com/watch?v=jbM1uKP9TAM
Gainsbourg ajoute une dimension désabusée : la chanson devient elle-même un souvenir, une trace qui s’efface lentement.
"Et peu à peu je m’indiffère
À cela il n’est rien à faire..."
“Les feuilles mortes se ramassent à la pelle… les souvenirs et les regrets aussi.”
Cette phrase, tant de fois chantée, résonne toujours avec la même intensité.
Parce qu’elle dit, simplement, ce que chacun éprouve un jour : la beauté d’un instant passé, la douleur d’une absence, et la douceur du souvenir.
Corinne Maréchal, novembre 2025
Source
: https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/musicopolis/1946-joseph-kosma-compose-les-feuilles-mortes-8202622

Au cœur de l’hiver, lorsque le temps semble retenu dans son souffle, une déesse romaine impose le silence : Angerona. À l’origine, elle est celle qui guérit la douleur et la tristesse, présidant aux passages difficiles. Figure du seuil et de la renaissance solaire, elle était célébrée au jour du solstice d’hiver. Angerona nous rappelle que toute lumière nouvelle naît d’un retrait, d’une nuit, d’un silence. Pline la décrit portant un bandeau scellé sur la bouche, tandis que Macrobe la représente l’index de la main gauche posé sur les lèvres. Elle n’impose pas un simple silence : elle ouvre un espace de retrait, un vide où le cours ordinaire du temps se suspend. Ce silence n’est ni passivité, ni oubli, mais concentration des forces. Il renvoie à la nuit matricielle d’où surgira le nouveau soleil, à l’image de l’enfant encore fragile, porteur de toutes les promesses à venir. Angerona est la gardienne de cette traversée invisible, celle qui exige l’épreuve du silence avant toute naissance, toute renaissance. Mais son bâillon révèle une dimension peut être encore plus radicale. À l’heure la plus sombre de l’année, le verbe ancien perd son autorité. Les dieux fatigués, garants d’un ordre arrivé à son terme, sont réduits au silence. Ce mutisme devient alors un acte de libération : il invite à rompre avec les récits épuisés, à se dépouiller des lois devenues stériles. Comment rapprocher la portée symbolique de ce moment de notre présent avec l’équilibre de notre vision de nous même et du monde ? Peut-être en profitant du calme imposé par la saison pour faire silence à notre tour. S'interroger sur l’essence de nos valeurs, de nos choix, de tout ce qui nourrit nos espoirs pour demain. Dans une actualité agitée et déstabilisante, cette "vacuité responsable" pourrait elle ouvrir la voie à une vision plus claire du chemin à venir ? Corinne Maréchal, réflexologue Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Angerona_(mythologie) https://institut-iliade.com/une-deesse-du-solstice-dhiver-angerona/ Symbolisme du Solstice d’Hiver, mythologies, symboles et rites, Philippe Costa, The Book Edition, octobre 2022








