Nos yeux respirent …

Et nos pupilles respirent aussi  ...

Photo Bernard Rochas
Selon la théorie des cinq éléments de la Médecine Traditionnelle Chinoise, la saison de l’automne est dominée par le Métal, l’élément généré par la Terre auquel il succède. Le Métal marque le passage du jour vers la nuit, son énergie est celle de la décroissance. 
Le Poumon, organe associé au Gros Intestin, joue un rôle essentiel dans la protection du corps. En régulant les échanges entre l’intérieur et l’extérieur, il agit comme un véritable pont avec le monde extérieur. Cette fonction protectrice le rend naturellement exposé aux agressions, tout comme la peau, autre organe de respiration et de contact. Les systèmes respiratoire et immunitaire sont donc particulièrement concernés en cette saison. Et c’est justement cette respiration qui nous intéresse par rapport à notre santé visuelle. C’est une des bonnes habitudes soulignée par le docteur Bates que de bien respirer pour bien voir.  

La respiration est le souffle du monde. Elle rythme la vie entre deux pôles qui se cherchent et se complètent : l’inspiration qui accueille, l’expiration qui délivre. Tension et détente, élan et abandon, elle trace la danse invisible de l’existence. Chaque souffle est occasion de prendre l’amour, les signes, les informations de la vie et à les permuter en énergie, puis à les exprimer, les relâcher, dans le cycle de la vie. La respiration est un échange permanent entre notre monde intérieur et le monde extérieur. Elle est le fil qui relie la naissance à la mort. 

On dit des yeux et du système visuel qu’ils sont particulièrement gourmands en matière d’oxygène. Une récente étude le démontre. En Suède, des chercheurs de l’Institut Karolinska ont découvert que la respiration influence la taille des pupilles et par conséquent la vision. Jusqu’à présent, seuls trois facteurs étaient connus : la quantité de lumière, la distance de mise au point et des facteurs cognitifs tels que les émotions ou l'effort mental.  Cette étude, publiée dans The Journal of Physiology (février 2025), montre que la pupille est la plus petite au début de l’inspiration et la plus grande pendant l’expiration.
Ce phénomène, appelé « réponse pupillaire respiratoire », est cyclique, automatique et indépendant de tout stimulus externe.
Les chercheurs ont mené cinq expériences auprès de plus de 200 participants, en variant :
La vitesse et la manière de respirer (nez ou bouche), l'éclairage, la distance de fixation, et enfin les conditions (repos ou activités visuelles). Dans tous les cas, l’effet de la respiration sur la pupille est resté constant.
Les chercheurs en déduisent que la variation de taille, bien que faible, pourrait influencer la perception :
• Inspiration → pupilles plus petites → meilleure perception des détails
• Expiration → pupilles plus grandes → meilleure détection d’objets faiblement visibles
Ainsi, la vision pourrait alterner, à chaque cycle respiratoire, entre deux modes d’optimisation visuelle.
Cette découverte ouvre des pistes pour mieux comprendre la régulation de l’attention et de la perception.
Mais aussi pour développer de nouveaux outils de diagnostic neurologique (ex. maladie de Parkinson, où la fonction pupillaire est altérée).
Les chercheurs poursuivent leurs travaux afin de déterminer dans quelle mesure ces variations pupillaires modifient réellement la vision.

La respiration ne se contente pas de rythmer notre corps : elle influence aussi notre regard sur le monde. 
À chaque inspiration et expiration, la taille de nos pupilles — et donc potentiellement notre perception visuelle — fluctue, révélant un lien intime entre le souffle, le cerveau et la vision.

Corinne Maréchal, novembre 2025

Source :
« La réponse pupillaire à la phase respiratoire : la taille de la pupille est la plus petite au début de l'inspiration et la plus grande pendant l'expiration », Martin Schaefer, Sebastiaan Mathôt, Mikael Lundqvist, Johan N. Lundström, Artin Arshamian, The Journal of Physiology ,février 2025


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